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Researching the Fortress of Louisbourg National Historic Site of Canada
  Recherche sur la Forteresse-de-Louisbourg Lieu historique national du Canada

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Les Puits à Louisbourg

by Gilles Proulx

In Historians,
Preliminary Architectural Studies,
Volume 04, Unpublished Report HG 02
(Fortress of Louisbourg, 1972,
Report Number H G 02 04 05)


[PAGE 3:]

LES PUITS DE LOUISBOURG

Cette étude sur les puits s'intéresse à leurs structures extérieures, c'est à dire margelles, potences et couvertures, l'archéologie couvrant les autres aspects. Malheureusement, comme c'est souvent le cas lorsqu'il s'agit de bâtiments privés ou de petits édifices, les documents de l'époque sont plutôt laconiques sur le sujet.

(A)

PUITS PRIVES

Les quelques informations que nous avons pu recueillir concernent avant tout des puits aménagés aux frais de l'Etat. Nous n'avons pu retrouver dans les documents que la mention de quatorze puits qui aient appartenu à des particuliers. De ce nombre, deux sont décrits comme étant couverts et ce dans des documents datés de 1756 [NOTE 1], tandis qu'un troisième est présenté comme étant "ras de la terre" [NOTE 2:] excluant a toutes fins pratiques une margelle. Selon le compte-rendu d'un procès un soldat, couché tout à côté, y aurait en effet glissé pendant qu'il cuvait son vin [NOTE 3]. Un autre finalement était situé à l'intérieur d'un magasin [NOTE 4].

Dans l'état actuel des connaissances et compte tenu des ressources archivistiques de la Forteresse de Louisbourg, l'aménagement des puits privés relève du domaine de la conjecture. Selon des informations de sources secondaires, les puits aux XVIIe et XVIIIe siècles étaient habituellement terminés par une margelle avec l'équipement nécessaire pour puiser l'eau. C'est du moins de cette façon que les présentent les traités d'architecture [NOTE 5] et que les décrit Diderot [NOTE 6]. A Louisbourg nous croyons que [PAGE 4:] la situation pouvait être assez semblable puisque la plupart des puits, situés sur les terrains du Roy, étaient entourés de margelles en maçonnerie de briques revêtue de madriers ou de planches [NOTE 7]. En nous basant toujours sur les mêmes hypothèses nous pourrions avancer que les puits privés de Louisbourg devaient le plus souvent étre finis par une margelle, non pas en pierres de taille comme les margelles françaises [NOTE 8] mais plutôt en maçonnerie de briques comme les puits du Roy. Selon certaines données cartographiques, les puits privés de Louisbourg n'étaient pas couverts; on voit plutôt sur les plans des puits à orifice rond entourés de margelle carrée [NOTE 9].

(B)

PUITS PUBLICS

Si les renseignements sont plus nombreux en ce qui a trait aux puits construits par l'Etat, les documents sont bien loin de répondre à toutes les questions. Les margelles étaient-elles rondes ou carrées? Quelle en était l'élévation ou dessus du niveau du sol et, au besoin, comment étaient charpentées les couvertures des puits? Voilà autant de questions auxquelles on ne peut souvent apporter que des hypothèses en guise de réponses. Dans un mémoire rédigé en 1753, Louis Franquet donne au aperçu général sur les puits gouvernementaux à Louisbourg:

Il y a dans la Place 15 puits soit publics établis dans les Rues, ou particuliers dans les bâtiments a la charge du Roy [NOTE 10].

Si le décompte de Eranquet est exact, il y avait tout au plus cinq puits localisés dans les rues puisque nous avons pu en retracer une dizaine sur des propriétes du Roy. Nous classons d'ailleurs ces puits comme étant du domaine public. [PAGE 5:]

(C)

INFORMATION CARTOGRAPHIQUES

Selon Franquet toujours:

L'entretien de ces puits est totalement a la charge du Roy la pluspart de ceux qui sont scitués dans les rues paroissoient y avoir Ete etablis au hasard sans considération à l'incommodité qu'ils peuvent causer on serait davis qu a mesure qu on sera obligé de les refaire a neuf de les placer enfoncés de toute leur épaisseur dans les clôtures, néanmoins de face en rue et nullement dans leur milieu comme ils sonts il a peu pres aujourdhuy [NOTE 11].

La présence de puits dans les rues peut jusqu'à un certain point être une explication de la rareté, au moins apparente, de puits privés. Mais en ce qui a trait à leur situation au centre des rues on doit noter que si l'on retrouve des puits indiqués sur de nombreuses cartes, aucune n'en situe au centre des rues. Evidemment il faut ici tenir compte de la précision et de la justesse de la cartographie.

En nous basant toujours sur les cartes, nous pourrions établir approximativement à une élévation de trois pieds la hauteur des margelles des puits de Louisbourg. Cette évaluation, n'étant basée que sur un total de cinq puits relevés sur quatre plans [NOTE 12], devrait être utilisée avec précaution. A l'exception des deux puits situés à l'avant des casernes projetées en 1739 [NOTE 13], dont les margelles auraient été en pierres de taille, les cartes ne sont pas assez précises pour établir de façon certaine la nature des margelles des puits de la Boulangerie et de [PAGE 6:] 1'Hôpital. Nous ne pensons pas errer cependant en les donnant comme margelles rondes et de maçonnerie. Ces cinq puits ne possédaient pas de toiture comme ce fut le cas pour un puit situé sur la propriété du commissaire-ordonnateur [NOTE 16] et d'un autre aménagé vers 1750 près de la Boulangerie [NOTE 17]. Pour puiser l'eau on utilisait des potences munies de poulies; la potence est un "support composé d'une équerre et d'une jambe de force" [NOTE 18].

(D)

LES MARGELLES

Selon des renseignements extraits de documents de l'époque les margelles auraient été faites en maçonnerie de briques, avec revêtement extérieur en madriers. Telle était du moins la situation pour les deux puits du bastion de la Reine [NOTE 19], du puit placé près de la poterne entre les bastions du Roy et de la Reine [NOTE 20], celui de la Boulangerie [NOTE 21], et ceux de l'Hôpital [NOTE 22]. Dans ce dernier cas on ne précise pas le revêtement tout comme on est silencieux sur la nature de la margelle du puit de commissaire ordonnateur. Avant d'en terminer avec cet aspect des margelles signalons que le puit de la cour intérieure du Bastion du Roy avait une margelle en pierres de taille. Selon le devis préparé en 1718 [NOTE 18], l'élévation de cette margelle devait être de trois pieds au dessus du niveau du terrain avec des pierres de taille de 8 pouces d'épaisseur sur 15 pouces de largeur. Avec le toisé de 1727 [NOTE 24], la hauteur de cette margelle s'établira 1 pied 3 pouces. Cette dernière donnée est d'ailleurs confirmée par les fouilles archéologiques effectuées à Louisbourg [NOTE 25].

Pour le revêtement intérieur des margelles ou utilisait généralement des planches de Boston. Dans la cas des puits du Bastion de la Reine il nous semble important de noter que les planches du revêtement étaient [PAGE 7:] assemblées en onglet [NOTE 26]. Selon Pierre Chabat l'assemblage en onglet sert à réunir deux pièces de bois en potence, de manière que le bois de bout soit dissimulé dans l'assemblage. Le tenon et la mortaise sont triangulaires... et les arasements du tenon sont coupés d'onglet, c'est à dire de façon que leur surface forme un angle de 45 avec le champ de la pièce" [NOTE 27]. Ce mode d'assemblage nous permet de supposer que les margelles du bastion de la Reine pouvaient être de forme carrée. A titre d'illustration nous joignons ici les dessins qu'a tracés Diderot de l'assemblage en onglet.

Fig. 10 Assemblage en onglet entaillé à moitié bois. A B les onglets.

Fig. 11 Assemblage en onglet tenon et mortoise.

[Illustration: Presently unavailable]

[PAGE 8:]

Un autre élément des margelles est la présence de poteaux scellés dans la maçonnerie [NOTE 29] et dont le rôle étaient de supporter les potences et les toitures au besoin. Bien que l'on ne précise le nombre de poteaux que pour la margelle du puit près de la poterne entre les bastions du Roy et de la Reine, six poteaux y sont mentionnés [NOTE 30], nous pensons que ce nombre pouvait être d'un emploi assez généralisé. Nous basons cette opinion sur des découvertes archéologiques [NOTE 31] qui ont justement révélé la présence de six poteaux dans la margelle d'un puit situé sur la propriéte du commissaire-ordonnateur.

(E)

TOITURE

Les poteaux des margelles comme les combles des couvertures étaient de bois de charpente et l'on utilisait des planches de Boston pour couvrir. Sur la propriété du commissaire-ordonnateur, les plans indiquent un puit avec toit carré à quatre pans [NOTE 32]. C'est d'ailleurs la seule couverture de puit sur laquelle nous puissions donner quelques précisions. Et pour ce qui est des potences nous mentionnerons que celles des puits de l'Hôpital étaient de fer [NOTE 33].

(F)

DONNEES STRUCTURELLES

Afin de faciliter au lecteur un contact plus rapide avec les différentes informations recueillies nous terminerons ce rapport en présentant sous forme schématique les renseignements trouvés sur les puits à la charge du Roy.

[PAGE 9:]

(01) BASTION DU ROY: 1727

(a) Excavation: LONGEUR (2 toises, 3 pieds) x LARGUEUR (2 toises) x HAUTEUR (1 toise, 5 pieds) = 9 toises, 1 pied

(b) Fondation et elevation en maconnerie: Circonférence moyenne (4 toises, 1 pied, 1 pouce) x HAUTEUR (3 toises, 4 pieds, 7 pouces) x EPAISSEUR (3 pieds) = 7 toises, 5 pieds, 2 pouces

(c) Six assises a la base, en pierres de taille: circonférence(15 toises) x HAUTEUR (4 toises) = 60 toises

(d) Margelle en pierres de taille: Circonférence (36 pieds)x HAUTEUR (1 pied, 3 pouces) = 45 pieds; [NOTE 34]

(02) HOPITAL: 1727

(a) Excavation: LONGEUR (2 toises) x LARGUEUR (2 toises) x HAUTEUR (1 toise, 1 pied) = (4 toises, 4 pieds)

(b) Fondation et elevation en maconnerie: circonference (4 toises, 1 pied, 1 pouce) x HAUTEUR (1 toise, 1 pied, 1 pouce) x EPAISSEUR (3 pieds) = (2 toises, 2 pieds, 7 pouces) [NOTE 35].

(03) HOPITAL: 1749

(a) deux margelles de puits, le tout fait en maconnerie de briques [NOTE 36]

(04) COMMISSAIRE- ORDONNATEUR: 1749

(a) Excavation = 6 toises, 3 pieds

(b) Maconnerie = 1 toise, 3 pieds

(c)Charpente: Poteaux et comble = 60 pieds; Couverture de planches de Boston = 6 toises, 2 pieds [NOTE 37]. [PAGE 10:]

(05) BOULANGERIE: 1749

(a) Charpente de la margelle: 3 pieds

(b) Revêtement en planche de baston = 1 toise; [NOTEZ: Mesure établie par comparaison du prix des planches].

(06) BOULANGERIE: 1750

(a) Excavation: 1 toise, 3 pieds

(b) Maçonnerie de briques: 1 pied, 8 pouces

(c) Maçonnerie de pierre sèches: 2 pieds, 2 pouces

(d) Charpente - Margelle et couverture: 23 pieds, 3 pouces

(e) Couverture de planches boston: 5 pieds, 10 pouces

(f) Revêtement de la margelle en madriers: 1 toise, [NOTE 38].

(07) BASTON DE LA REINE, 2 PUITS: 1749

(a) EXCAVATION: Premier puit

(i) terre = 3 toises, 1 pied

(ii) roc: 2 toises, 3 pieds, 8 pouces

(b) EXCAVATION: Deuxième puit

(i) terre = 2 toises, 3 pieds, 8 pouces

(ii) roc: 2 toises, 5 pieds, 2 pouces

(c) MACONNERIE DE BRIQUE: 5 pieds, 3 pouces

(d) MACONNERIE DE PIERRES SIECHES: 5 pieds, 3 pouces

(e) MARGELLES

(i) Charpente des poteaux = 71 pieds

(ii)Revêtement intérieur en planches = 2 toises

(iii) Revêtement extérieur en madriers = 2 toises, 4 pieds, 6 pouces; Appui en madriers chene = 3 pieds, 4 pouces

[PAGE 11:]

(08) POTERNE ENTRE BASTIONS DU ROY ET REINE: 1749

(a) EXCAVATION

(i) Terre = 4 toises, 4 pieds

(ii) Roc: = 1 toise, 5 pieds

(b) FONDATION ET ELEVATION EN MAÇONNERIE

(i) Pierres sèches = 2 toises, 1 pied

(ii) Chaux et sable = 4 pieds, 1 pouce

(c) MARGELLE

(i) Maçonnerie de briques = 1 pied, 3 pouces

(ii) Charpente des poteaux = 11 pieds, 8 pouces

(iii) Revêtement extérieur en madriers: 2 toises, 3 pieds. \

On aura sans doute remarquer que la grande majorité des données structurelles établies dans cette étude sont postérieures à l'occupation anglaise de 1745- 1749. Evidemment ce laps de temps est beaucoup trop court pour qu'il y ait eu des modifications majeures dans l'aménagement extérieur des puits. Ce qui existait pendant les années 1749-1758 dut également se retrouver pendant la période 1713-1745 avec, sans doute, un moindre degré de raffinement. Certaines données documentaires nous laissent croire que les structures extérieures des puits n'étaient pas alors des travaux tellement élaborés. Ainsi le 8 novembre 1746 le gouverneur anglais devait donner des ordres pour que "all the wells in this garrison be surrounded by a Breast work to prevent people from falling into them" [NOTE 42]. Devant les informations plutôt éparses que nous avons pu [PAGE 12:] recueillir ainsi que certaines données documentaires assez restrictives, nous ne saurions qu'inviter à une très grande prudence dans tout travail de restauration des puits à Louisbourg. [PAGE 13:]

ENDNOTES


[NOTE 1:] Vente d'une maison par Jacques Rabasse à la veuve Fautoux. Louisbourg, 30 juin 1756. Section Outre-mer, G3, carton 2044, no. 59. Bail à loyer d'une maison de Jean Claparède à Jacques Brunet. Louisbourg, 1 juin 1756. Section Outre-mer, G3, carton 2045, no. 67. [NOTE2:] Procès verbal de découverte du corps de Louis Pancau dans le puit de M. de Brouillan. Louisbourg, le 26 juillet 1737. A.N., Section Outre-mer, G2, vol. 184, pages 377-378. [NOTE3:] Idem. [NOTE 4:] Bail à loyer; Angélique Butel à Elie Allenet. Louisbourg, 12 septembre 1757. Section Outre-mer, G3, carton 2045, no. 37. [NOTE 5:] M. Ozanam, Méthode facile pour arpeuter ou mesurer toutes sortes de superficies. Paris, 1725, pp. 281-282. Anonyme. Architecture moderne ou l'art de bien bâtir. Paris, 1728, t. I, pp. 22-23. [NOTE 6:] Diderot. Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences. Neufchâtel, 1765, tome XIII, pp. 563-564. [NOTE 7:] Voir section intitulée Donnée Structurelles. [NOTE 8:] Diderot. opus citatum. [NOTE 9:] A.F.L., M.C., nos. 731-3; 734-4; ND 105. [NOTE 10:] Franquet au ministre de la marine. Louisbourg, 9 octobre 1753. A.N., Col., C11B, vol. 33, fol. 234. [NOTE 11:] Idem. [NOTE 12:] A.F.L., M.C., nos. 728-1; 739-4; 752-10; ND 82. [PAGE 14:] [NOTE 13:] A.F.L., M.C., no. 739-4. [NOTE 14:] A.F.L., M.C., no. 728-1. [NOTE 15:] A.F.L., M.C., nos. 752-10, ND 82. [NOTE 16:] Boucher au ministre de la marine. Toisé des réparations. Louisbourg, 31 décembre 1749. A.N., Col., C11B, vol. 28, fol. 348. [NOTE 17:] Idem, 1750, vol. 29, fol. 289v. [NOTE 18:] Pierre Chabat. Dictionnaire des termes employés dans la construction. Paris, 1876, t.II, page 1134. [NOTE 19:] Boucher au ministre de la marine. Toisé des réparations. Louisbourg, 31 décembre 1749. Col., C11B, vol. 28, fols. 318-350. [NOTE 20:] Idem, 1750, vol. 29, fol. 282v. [NOTE 21:] Voir note 19. [NOTE 22:] Idem. [NOTE 23:] Devis et condition des ouvrages. Louisbourg, 10 juin 1718. Col., F3, vol. 51, fols. 216-217. [NOTE 24:] Verrier au ministre de la marine. Toisé. Louisbourg, 4 mai 1727. A.N., Col., C11B, vol. 9, fols. 231-50. [NOTE 25:] Bruce Fry, Memorandum to the head of research. Louisbourg, 21 avril 1969. [NOTE 26:] Voir note 19. [NOTE 27:] Chabat, Pierre, op. cit., p. 924. [NOTE 28:] Diderot, Recueil de planches sur les sciences les arts libéraux et les arts mechaniques. Tome VII, Article Menuiserie, planche II, Paris, 1769. [NOTE 29:] Voir note 20. [NOTE 30:] Idem. [PAGE 15:] [NOTE 31:] Richard Cox, Preliminary Report De Mezy House. Louisbourg, juin 1969, p.16. [NOTE 32:] A.F.L., M.C., nos. 739-5; 740-3; ?44-5; 745-11. [NOTE 33:] Sabatier et Le Nommant au ministre de la marine. Balance des recettes et depenses. Louisbourg, 31 décembre 1733. A.N., Col., C11B, vol. 14, fols. 238-241. [NOTE 34:] Voir note 23. [NOTE 35:] Idem. [NOTE 36:] Voir note 19. [NOTE 37:] Idem. [NOTE 38:] Idem. [NOTE 39:] Voir note 20, fols. 289-89v. [NOTE 40:] Voir note 19. [NOTE 41:] Voir note 20. [NOTE 42:] Cunningham of Thorntoun Muniments. No. 485. "Garrison Orders of Louisbourg from the 3d November 1746 to the 12th July 1749 being then evacuated."

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